jeudi 21 mai 2009

En avance

Mon père commence à perdre ses cheveux. Ils ont commencé à rester sur son tee shirt. Il n'a pratiquement pas d'aphtes. Les douleurs et les nausées ont cessé. Au menu du dîner d'hier au soir, de l'avocat, de la ratatouille avec deux œufs frais, un peu de fromage, un petit pot et quelques abricots secs, figues et pruneaux. Mon père ne semble pas avoir à nouveau perdu de poids. «Il a l'air bien. Il n'a pas l'air malade. Il paraît moins fatigué sauf que je n'ose pas le dire parce qu'ensuite tu regrettes de l'avoir dit».
L'infirmier est venu hier matin. Ce matin, mon père a pris des gâteaux au petit-déjeuner. Au déjeuner, un bout de saucisson, des petits pois carotte, du fromage et quelques abricots secs. Comme sa constipation continuait à le faire chier persistait malgré la prise de FORLAX (Macrogol 4000), mon père a pris du TRANSIPEG (Macrogol 3350) hier au soir, un laxatif dosé à 2,95 g. «À minuit, il est resté une heure sur les cabinets ! Du coup, il n'a pas dormi de la nuit à cause de la douleur». Mon père m'a dit au téléphone que sentir sa voix enrouée lui faisait penser que la chimiothérapie agissait encore. Lui et ma mère vont aller faire la sieste cette après-midi pour se reposer de la nuit blanche.

La brièveté du temps qu'il nous reste ne fait qu'accélérer la vitesse de sa fuite. La rendre plus présente, en permanence. Inexorablement, chaque journée passe, à jamais. Une seule et unique année, ça n'est finalement que quelques mois, quelques semaines, quelques-unes de ces journées qui s'en vont aussi rapidement que définitivement.
Sa mort arrive, mais elle arrive trop tôt, en avance. Par une erreur dont je ne parviens à comprendre ni la raison ni la possibilité, elle est en avance sur son temps. Précipitée. Chacun d'entre nous sait bien qu'il est déjà trop tard pour qu'elle n'arrive pas plus tôt qu'elle ne le devrait, pour qu'elle n'ait pas commencé à venir plus tôt qu'elle ne l'aurait dû. La mort raccourcit le temps. Elle est le temps se raccourcissant, en un instant.