dimanche 28 novembre 2010

Anatomie d'un faux espoir

Il y a quelques jours mon père m'a appelé et m'a parlé d'un reportage présentant le développement clinique d'un vaccin thérapeutique contre le cancer du poumon. Sa voix était pleine d'espoir. Je n'avais pas vu ce reportage. Je réagis surtout par un scepticisme sincère, et résolu. En l'entendant en parler, je ressentis aussi un peu de tristesse. Je sentis instantanément que le scepticisme était une nécessité. Cet espoir était dangereux. Il fallait le rejeter, me refuser à me laisser aller à y croire. Me défendre contre ce qui menaçait d'affaiblir l'endurcissement par lequel je survis jusqu'à présent au cancer de mon père.

Le cancer a tué une partie de moi, instantanément. Une forme de sensibilité, d'innocence de vivre est morte avec sa survenue. Anesthésiée, insensibilisée, cautérisée. Suicidée.

Mais plus tard, la vision de ce reportage, et la lecture d'un article publié sur le blog de Jean Daniel Flaysakier et la lecture de la page de l'Institut de cancérologie Gustave Roussy de Villejuif présentant le protocole de l'essai clinique firent naître un espoir dans mon cœur. Soudain, une possibilité s'ouvrait que le cancer de mon père ne soit plus incurable, qu'il puisse ne pas mourir. Ce n'était qu'une possibilité. Mais elle pouvait peut-être réaliser l'impossible : que mon père puisse survivre à un cancer du poumon.

Mais c'était un faux espoir.